- La société, telle qu’on la connaît, a fait son apparition avec la sédentarisation. L’agriculture, le stockage alimentaire, la comptabilité, le commerce et l’écriture n’ont pas tardé à se développer.
- Bien sûr, les groupes nomades forment eux aussi des sociétés distinctes, avec des règles, des ententes conventionnelles, un système de communication, une écriture, à un détail près; ils ne survivraient pas à une surpopulation. Ils ne peuvent, non plus, engranger de très grandes quantités de nourriture, puisqu’ils se déplacent. Pour cette raison, cette réflexion se concentrera sur les sociétés sédentaires qui favorisent l’accumulation de biens, la surconsommation et l’exploitation des ressources.
- Aborder le thème de la vie en société, c’est tenter de jeter un regard neuf sur les valeurs véhiculées par la majorité, les structures imposées par une minorité et la hiérarchisation des individus. Quand le succès, l’accumulation de biens et la consommation pour le divertissement et non pour la survie deviennent la norme, les objecteurs se retrouvent sur la sellette et ont peu de chance d’être entendus. Même si des cris d’alerte fusent de partout, la course à la richesse aveugle ses protagonistes jusqu’à les rendre agressifs, voire dangereux.
- Réfléchir à ce sujet, c’est aussi, prendre conscience que la différence peut devenir une tare au sein du groupe; que l’on parle de différences physiques, psychiques, spirituelles ou culturelles. Cet énoncé ne parle pas nécessairement de tares. Des talents particuliers, une intelligence supérieure, une créativité débordante peuvent marginaliser une personne. La voix des gens dotés de talents spéciaux est souvent étouffée par le plus grand nombre. La persécution des savants ou seulement des sensés n’a rien de nouveau; qu’on songe à Spinoza assigné à demeure, à Socrate, mort empoisonné, à Giordano Bruno brûlé vif, à René Descartes dont la mort douteuse a fait couler beaucoup d’encre, à Voltaire censuré et combien d’autres. De nos jours, des activistes écologistes continuent de disparaître. La persécution des personnes différentes commence souvent dans la famille de la victime. Se pourrait-il que les biens matériels occupent une place plus importante que l’amour dans la tête de la plupart des humains?
- Si vivre en société demande du respect d’autrui, de l’altruisme, comment se fait-il que des propriétaires abusent de leurs locataires? Comment se fait-il que des personnes en situation d’autorité détruisent l’avenir professionnel d’un employé qui donne pourtant des résultats exceptionnels? Comment se fait-il que des gens détruisent la réputation de personnes qu’ils ne connaissent même pas? Il y a pléthore de questions semblables qui se frappent à des réponses muettes, comme si on regardait ailleurs en sifflant. On règle le problème dans un cas isolé pour se donner bonne conscience d’une part et d’autre part, on tolère ce type de comportement généralisé. Doit-on s’étonner que la protection de notre environnement se frappe à un mur?
- L’Église a longtemps été au cœur de notre société. Elle a toujours une influence notable. Alors, il est permis de se questionner; si la devise de l’Église est « Aimer son prochain comme soi-même », comment explique-t-on les guerres saintes, les tortures, les abus, les humiliations, les viols, les meurtres commis par le clergé?
- Ça nous amène à nous demander dans quelle mesure a évolué homo sapiens? Les leçons apprises par cœur ne sont pas un signe d’intelligence. Les technologies avancées ne sont pas non plus un signe d’évolution. La technologie est un moyen de communication. Seul le contenu qu’exprime le langage nous informe. Doit-on disserter de toutes les âneries qui polluent le Web? La technologie est aussi un moyen de contrôle. Quand on songe que des hommes et des femmes veulent se faire injecter une puce parce que c’est la dernière mode. N’est-ce pas là, la preuve que l’humain n’a pas dépassé le niveau intellectuel de l’antiquité où on remplissait des stades pour regarder des Chrétiens se faire manger par des lions? Rappelons-nous que les Phéniciens qui ont proposé le premier alphabet étaient des commerçants, vers 1200 avant JC, et que nous utilisons toujours le A inversé de l’alpha (la tête de bœuf). Rappelons-nous aussi qu’en dehors des centres de recherches, le cerveau humain ne montre pas souvent de signes d’empathie, symptôme de l’intelligence. Et comment ignorer que des notions de géométrie qui datent de la Grèce antique font toujours défaut à la majorité de nos concitoyens?
- Alors, si vivre en société c’est, comme on en est témoin au quotidien, détruire des montagnes, remplir des trains avec de la poussière de montagne, pour au final, s’acheter une maison, plusieurs voitures, s’assurer une retraite bien dodue. Si cela justifie de cracher au visage de tous ceux et celles qui veulent vivre dans l’humilité, en harmonie avec ce monde qui nous donne tout, que doit-on penser de notre avenir? Je dis « notre avenir », comme si c’était important, alors que l’avenir de ces sages qui broutent dans la forêt, ou qui butinent nos fleurs est tellement plus important que notre destinée.
- La question qui nous titille ici, c’est: «Comment se fait-il qu’un concept abstrait comme l’argent soit devenu le centre de l’univers des hommes?»